
Par Jérémie Nganga
Au cœur de la commune de Kinshasa, au carrefour stratégique des avenues Kabinda, Kapanga, Plateau et Marrin, se trouve aujourd’hui un espace méconnaissable. Jadis consacré à l’éducation, ce lieu qui abritait l’« École Kabinda » est devenu, au fil des années, un marché improvisé, puis une zone d’occupation anarchique marquée par la prolifération de bidonvilles, de bicoques et de terrasses.
Ce site, chargé d’histoire et de mémoire collective, a pourtant formé plusieurs générations de Congolais. Nombreux sont ceux qui, à l’instar de nos aînés dont mon feu grand-père ; y ont reçu les fondements de leur instruction. L’École Kabinda n’était pas qu’un simple établissement scolaire : elle représentait un véritable creuset de savoir et d’espoir pour toute une communauté.
Cependant, cette institution a progressivement sombré dans l’abandon, notamment sous le régime de André Kimbuta, durant lequel le site a été laissé sans encadrement ni protection. Cette situation a ouvert la voie à une occupation irrégulière et à une dégradation continue du cadre.
La situation s’est davantage complexifiée sous le mandat de Gentiny Ngobila Mbaka, dont la décision controversée de transformer cet espace en marché public a définitivement scellé la disparition de sa vocation éducative. Cette mutation, loin d’apporter une solution durable, a accentué le désordre urbain et contribué à la précarisation du milieu.
Aujourd’hui, ce qui était autrefois un sanctuaire du savoir est devenu un espace de survie, où se mêlent activités commerciales informelles et habitat insalubre. Cette transformation pose une question fondamentale : quelle place accordons-nous encore à l’éducation dans nos politiques publiques ?
Face à cette réalité préoccupante, il est urgent d’interpeller les autorités à tous les niveaux ; central, provincial et local ; afin qu’elles prennent des mesures concrètes pour la réhabilitation de ce site. La reconstruction de l’École Kabinda ne serait pas seulement un acte de justice sociale, mais aussi un investissement stratégique dans l’avenir de la jeunesse kinoise.
Comme le rappelait Platon : « L’éducation est le passage des ténèbres à la lumière ». Laisser disparaître un tel espace, c’est compromettre l’accès à cette lumière pour des générations entières.
Il est temps de redonner à ce lieu sa vocation première : celle d’instruire, d’élever et de bâtir l’avenir.
