
La diffusion récente d’une vidéo montrant un médecin asséner des coups à une patiente venant d’accoucher a profondément choqué l’opinion publique. Cette scène, d’une violence inouïe, met en lumière une dérive grave dans l’exercice de la médecine : celle où la souffrance du patient n’est plus soulagée, mais aggravée par celui-là même qui a juré de la combattre.
Une violation flagrante de la dignité humaine
La patiente, en situation de vulnérabilité extrême après un accouchement et souffrant de déchirures nécessitant une intervention, n’était manifestement pas en mesure de supporter la douleur. Cette incapacité, loin de justifier une quelconque violence, imposait au contraire une prise en charge adaptée, empreinte de patience, de compétence et surtout d’humanité.
En frappant sa patiente, ce médecin a franchi une ligne rouge : celle qui sépare l’acte médical de l’acte de barbarie. Il ne s’agit plus ici d’une simple faute professionnelle, mais d’une atteinte grave à l’intégrité physique et à la dignité humaine.
LE SERMENT D’HIPPOCRATE TRAHI
Le serment d’Hippocrate impose au médecin de respecter la vie, la personne et la dignité du patient. Il fonde l’éthique médicale sur des principes de bienveillance, de non-malfaisance et de respect.
Or, dans ce cas précis, le praticien semble avoir abandonné ce serment au profit d’un comportement brutal et indigne. Ce n’est plus le serment d’Hippocrate qui guide ses actes, mais une attitude que l’on pourrait qualifier, à juste titre, d’« hypocrite », tant elle contredit les valeurs fondamentales de la profession.
ANALYSE JURIDIQUE : LA RESPONSABILITÉ PÉNALE ET CIVILE DU MÉDECIN
« L’ouvrage de Responsabilité pénale et civile du médecin en droit zaïrois de Nyabirungu mwene Songa constitue une référence majeure pour comprendre les implications juridiques d’un tel comportement. »
La continuité juridique en droit positif congolais.
- La responsabilité pénale du médecin
Selon cette doctrine, la responsabilité pénale du médecin est engagée dès lors que son comportement constitue une infraction prévue par la loi pénale.
Dans le cas présent, plusieurs qualifications peuvent être retenues :
Coups et blessures volontaires
Violences sur personne vulnérable
Éventuellement non-assistance à personne en danger, si l’acte a aggravé la situation médicale
Le médecin ne bénéficie d’aucune immunité pénale. Bien au contraire, sa qualité de professionnel de santé peut constituer une circonstance aggravante, dans la mesure où il est tenu à une obligation particulière de protection.
- La responsabilité civile du médecin
Toujours selon Nyabirungu, la responsabilité civile du médecin repose sur trois éléments :
La faute : ici, elle est évidente (violence physique)
Le dommage : douleur aggravée, traumatisme physique et psychologique
Le lien de causalité : direct entre l’acte du médecin et le préjudice subi
La patiente est donc en droit de réclamer réparation intégrale du préjudice subi.
- La spécificité de la faute médicale
L’auteur distingue la faute technique (erreur de diagnostic ou de traitement) de la faute humaine ou disciplinaire. Dans cette affaire, il ne s’agit même pas d’une erreur médicale, mais d’un comportement intentionnel, totalement étranger à l’art de guérir.
Cela renforce la gravité des faits et justifie des sanctions exemplaires.
Une exigence de sanctions exemplaires
Face à une telle situation, la réaction ne doit pas être timide. Il est impératif que :
La justice pénale soit saisie sans délai
L’Ordre des médecins engage des poursuites disciplinaires
Les autorités sanitaires renforcent le contrôle des pratiques médicales
L’impunité dans de tels cas ouvrirait la porte à d’autres dérives et détruirait la confiance entre patients et professionnels de santé.
CONCLUSION
Ce drame rappelle une vérité essentielle : la médecine n’est pas seulement une science, elle est avant tout une éthique. Lorsqu’un médecin devient violent, il cesse d’être soignant.
Il est donc urgent de réaffirmer que nul, pas même un médecin, n’est au-dessus de la loi. Et que toute atteinte à la dignité humaine, surtout dans un contexte médical, doit être combattue avec la plus grande fermeté.
PROTÉGER LES PATIENTS, RESTAURER LA MÉDECINE
Jérémie NGANGA
Juriste en formation.
